
Par David Marquet
« J’ai entendu et compris votre appel pour que la République vive, pour que la Nation se rassemble, pour que la politique change. Tout dans l’action qui sera conduite devra répondre à cet appel et s’inspirer d’une exigence de service et d’écoute pour chaque Française et chaque Français » .
Diantre ! Emmanuel Macron aurait-il eu ce noble projet pour calmer la colère du pays ? Que nenni. C’est un extrait du discours de victoire de Jacques Chirac le 5 mai 2002, réélu face à Jean-Marie Le Pen avec un score stalinien de 82, 21 % des voix. Le Corrézien avait eu l’élégance de reconnaître qu’il ne restait à l’Élysée que grâce aux voix de la gauche. Macron n’aura jamais cette décence.
En nommant Sébastien Lecornu Premier ministre, il exprime une nouvelle fois son mépris d’un peuple qui le rejette. Son indifférence à la colère qui le ronge. Il l’a déjà prouvé, remarque Le Monde, en refusant de nommer Lucie Castets, choisie par une gauche miraculeusement unie après sa dissolution. Pourquoi respecter le choix des urnes plutôt que confier ce poste au parti décrochant quatre fois de moins de siège que le Nouveau front populaire ? Las ! Michel Barnier, l’heureux élu, a à peine le temps de changer l’en-tête du papier à lettres que déjà Macron choisit François Bayrou, qui s’attire trente-trois voix de plus contre lui que son prédécesseur lors du vote de confiance qu’il sollicite : même Le Figaro en est tout chose.
Autoritaire, arrogant, incohérent, incompréhensible, François Bayrou ânonne depuis des lustres être un homme de dialogue : il s’est révélé tout l’inverse. Il a enchainé les bourdes. Que ce soit quand Ouest-France épingle son aller-retour en jet pour un discours sur l’écologie ou plus récemment lorsqu’il tente de justifier dans La Dépêche du Midi la réfection de son bureau de maire de Pau pour 40 000 euros. On retiendra de lui deux choses : son attitude obscène face à son implication dans l’affaire Betharram rapportée par Libération et sa brutalité contre un peuple exsangue à qui il veut supprimer deux jours fériés pour économiser 4,2 milliards d’euros, comme indique France Info.
Bayrou évincé, Macron peut appeler son pote Sébastien Lecornu. L’ancien ministre des Armées survit à tous les remaniements, note RFI. Or, symboliquement, voir à la tête du gouvernement l’ex-chef de la Grande Muette donne le sentiment que la seule réponse du locataire de l’Élysée à la grogne du pays est de lui envoyer ses grognards. Opposé au mariage pour tous, auteur de déclarations comme « Le communautarisme gay m’exaspère » exhumées par Mediapart, Lecornu à Matignon révèle l’opinion de Macron sur la détresse de ses concitoyen(ne)s : ça lui « en touche l’une sans bouger l’autre ». La réplique de Chirac à Mitterrand archivée par RFI a d’ailleurs été reprise par un président se souciant moins de l’avenir du pays que du sien. Tant qu’il garde le moral, il ne voit pas de problème.
Le problème ? Macron se comporte comme un enfant gâté qui casse son jouet, certain que ses parents lui en rachèteront un. Après tout, ils l’ont fait deux fois. Ce qui compte à ses yeux, c’est tenir le pays comme Vincent Bolloré ses médias, travail de sape documenté en plus de deux cents épisodes par Les Jours.
Emmanuel Macron se comporte comme un enfant gâté qui casse son jouet, certain que ses parents lui en rachèteront un.
Jacques Chirac avait raison : son refus de débattre avec Le Pen affichait une certitude : on ne discute pas avec un tel parti. L’Ina s’en souvient : deux jours après le premier tour de la présidentielle 2002, Chirac exposait ainsi sa décision : « Face à l’intolérance et à la haine, il n’y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible. Il faut avoir le courage de ses convictions, la constance de ses engagements. Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national et ceci quel qu’en soit le prix politique, je n’accepterai demain de débat avec son représentant ».
En la prenant comme unique adversaire, celui qui a trahi Hollande commet la pire erreur politique : rendre l’extrême-droite envisageable à L’Élysée. Qu’à cela ne tienne ! Si elle arrive au pouvoir, il peut se consoler avec son pote Lecornu, « un mec avec il boit du whisky à heures du mat’ », note Politico.
La gueule de bois de la France, elle, mettrait plusieurs années à se dissiper.